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HÉROÏNE - Note d’information du 25/05/2011

TENEURS ET ADULTERANTS - EVOLUTIONS RECENTES- Note d’information SINTES du 25/05/2011

Au début de l’année 2011, dans la région Midi-Pyrénées, sept cas d’intoxication dont une mortelle ont eu lieu suite à une consommation d’héroïne.
L’ajout d’alprazolam, une benzodiazépine, comme adultérant à l’héroïne, c’est-à-dire comme produit de coupe pharmacologiquement actif, a été soupçonné à défaut d’être prouvé. Cet épisode fait suite à d’autres cas survenus depuis 2008, dont certaines overdoses, impliquant de l’héroïne coupée avec de l’alprazolam et plus récemment avec du dextrométhorphane, un antitussif opiacé.

À cette occasion, il apparaît utile de faire un point sur la composition de l’héroïne à la lumière des premiers résultats de l’enquête SINTES 2011 et des données issues des saisies.

COMPOSITION HABITUELLE DE L’HÉROÏNE

En France, la teneur moyenne de l’héroïne, est actuellement située autour de 10 %. Il s’agit d’une moyenne qui ne reflète donc pas les variations de concentration d’un échantillon à l’autre. Les teneurs maximum enregistrées peuvent en effet atteindre 50 %.

Cette teneur moyenne était de 7,1 % en 2007. Elle a donc augmenté au cours des dernières années.

La principale cause de l’augmentation du taux global est la diminution de la part des échantillons très faiblement dosés en circulation. Les intermédiaires de synthèse de l’héroïne (apparaissant au cours de la synthèse d’héroïne à partir de l’opium) représentent environ 2,5 % du poids des échantillons analysés.
Ils possèdent des propriétés psychoactives très proches de l’héroïne. Plus de 9 échantillons sur 10 sont coupés avec le mélange caféine et paracétamol, respectivement à hauteur de 20-25 % et de 50 % de leur poids. La poudre de caféine possède des propriétés de stimulants légers et son goût amer peut rappeler celui de l’héroïne.
Le paracétamol est un antalgique anti pyrétique. En dosant l’héroïne et ses intermédiaires ainsi que la caféine et le paracétamol, les analyses réalisées en routine expliquent donc la composition de 82,5 % à 92,5 % d’un échantillon moyen d’héroïne. Les 7,5 % à 17,5 % restants sont constitués de lactose, d’amidon et d’autres excipients utilisés également dans l’industrie pharmaceutique pour diluer les médicaments.
Le talc, qui est une source d’inquiétude pour les intervenants auprès des usagers, car il provoque, en cas d’injection, des abcès et des rétinopathies, ne peut être identifié dans un échantillon que lorsqu’il y est présent dans de grandes quantités. Or, ce n’est pas le cas dans les échantillons SINTES où le talc, si toutefois il est présent dans certaines poudres, l’est dans des quantités inférieures à 5 %.
D’autres produits supposés de coupe de l’héroïne (« mort au rat », strychnine) ont depuis toujours fait l’objet de beaucoup de fantasmes, même s’ils n’ont jamais été identifiés.

AUTRES SUBSTANCES PHARMACOLOGIQUEMENT ACTIVES (ADULTÉRANTS)

L’enquête SINTES 2007 avait identifié la présence d’autres substances pharmacologiquement actives dans 5 % des échantillons collectés. Il s’agissait principalement de cocaïne et de phénacétine, un anti-inflammatoire retrouvé habituellement dans la cocaïne.
Depuis, des collectes réalisées dans le cadre de SINTES VEILLE (collecte de substances illicites ayant causé un effet indésirable inhabituel ou supposées nouvelles) ont révélé la présence d’alprazolam en 2008 et de dextrométhorphane en 2009. L’alprazolam, un anxiolytique de la famille des benzodiazépines est le principe actif du Xanax®. Le dextrométhorphane est un antitussif opiacé, commercialisé sous différents noms de spécialités (Humex®, Pulmodexane®, etc.)
En janvier 2009, 42 surdoses à l’héroïne avaient été signalées en Seine St Denis (93).
Certains échantillons, qui avaient pu être recueillis auprès des victimes, contenaient de l’alprazolam ou du dextrométhorphane dans des proportions inférieures à 1 %, pour des teneurs en héroïne autour de 30 %.
De janvier à mars 2011, dans la région Midi-Pyrénées, sept cas d’intoxications ont été signalés après consommation d’héroïne. Les analyses de sang ou d’urine des victimes ont montré la présence d’opiacés ainsi que d’alprazolam, à des taux sanguins supérieurs à la normale pour certains usagers.
La présence d’alprazolam chez les victimes peut avoir deux origines. Elle peut provenir d’une prise médicamenteuse ; on estime à 35 % la part des usagers d’héroïne consommant régulièrement des benzodiazépines (14 % dans la population générale) dans le cadre d’un traitement médical ou non. De plus, cette consommation est parfois concomitante à la prise d’héroïne pour des usagers croyant ainsi potentialiser les effets d’un échantillon qu’ils jugent trop faiblement concentré.
La seconde hypothèse est que l’alprazolam ait été ajouté directement dans la poudre d’héroïne soit par l’usager, soit à son insu.
Les analyses intermédiaires effectuées dans le cadre de l’enquête SINTES héroïne 2011 actuellement en cours (novembre 2010 à octobre 2011) montrent que 10 % des échantillons collectés contenaient également du dextrométhorphane à hauteur de 6,4 % en moyenne. Un échantillon, collecté en février 2011 contenait jusqu’à 42 % de dextrométhorphane pour une pureté en héroïne de 17 %.

L’usager, un homme de 47 ans, qui avait consommé la poudre par injection a ressenti un malaise important, des vomissements tandis qu’on a pu constater une dilatation des pupilles. Il avait déclaré qu’un ami ayant consommé la même poudre était dans le coma.

Données des laboratoires des services répressifs : La teneur moyenne en héroïne (13 % en 2010) dans les échantillons saisis est également en augmentation, très légère mais constante (10 % en 2003). Comme pour les analyses du dispositif SINTES, c’est une moyenne qui ne reflètent pas les disparités entre les échantillons analysés.
La teneur maximum analysée atteignait 71 % en 2010. Le mélange caféine et paracétamol est présent dans plus de 95 % des échantillons.
En ce qui concerne les adultérants, la présence de dextrométhorphane est également signalée : en 2010, 10 échantillons d’héroïne contenaient du dextrométhorphane dans les saisies effectuées par les services des douanes. Celui-ci n’a pas été dosé mais les teneurs en héroïne étaient élevées (teneur moyenne 38 %, minimum 16 % et maximum 56 %).
Dans l’un d’entre eux, le phénobarbital, un barbiturique a également été identifié. En 2011, un seul cas d’héroïne mélangé à l’alprazolam a été signalé.

CONCLUSIONS

L’évolution de la composition de l’héroïne qui circule en France combine une légère hausse de la pureté globale depuis trois ans, parallèlement à de grandes variations d’un échantillon à l’autre. D’autre part, même si leur présence est rare et ponctuelle, on voit apparaître le dextrométhorphane et l’alprazolam dans un certain nombre d’échantillons. Ces deux substances sont mimétiques à l’héroïne, contrairement à la caféine et au paracétamol, produits de coupe habituels de l’héroïne. Le premier est un opiacé même s’il n’a pas les propriétés psychoactives de l’héroïne et le second est une benzodiazépine dont les effets anxiolytiques et relaxants imitent également certains effets de l’héroïne.
La liste des substances ajoutées ponctuellement à l’héroïne ne s’arrête probablement pas à ces deux produits.

Un CAARUD a récemment signalé des cas d’ajout de Lamaline® (un médicament antalgique opiacé) dans l’héroïne parmi ses usagers. On suppose, surtout pour l’alprazolam, que ces produits faciles d’accès sont ajoutés par des revendeurs pour augmenter artificiellement les effets d’une poudre qu’ils savent faiblement concentrée en héroïne, et ainsi tromper l’acheteur. L’ajout par des usagers eux-mêmes pour leur propre consommation a également été décrit, même si cette pratique reste marginale. Les données dont nous disposons indiquent que leur présence est ponctuelle mais récurrente depuis environ trois ans. En Espagne, (où vont s’approvisionner certains usagers du sud-ouest de la France), la présence d’alprazolam dans l’héroïne semble être régulière16. En France, dans la plupart des cas, leur identification survient après des intoxications à l’héroïne. L’alprazolam ou le dextrométhorphane potentialisent l’effet dépresseur respiratoire de l’héroïne et augmentent donc significativement les risques d’overdose. _D’autre part, les excipients pouvant constituer certaines spécialités pharmaceutiques (comme par exemple la gélatine, la silice colloïdale) peuvent interagir chimiquement avec l’héroïne et provoquer des effets néfastes pour l’organisme, en particulier si l’héroïne est injectée. L’OFDT a sensibilisé les sites TREND et les CAARUD à cette question et appelé à faire remonter tout signalement relatif à ce sujet.

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